Se reconnecter au Self : retrouver son espace de sécurité intérieur ?

Et si, avant de chercher à comprendre ce qui ne va pas, à apaiser une émotion, à dépasser un blocage ou à prendre une décision, nous commencions simplement par revenir à nous ?

Lorsque quelque chose nous bouleverse, notre attention est immédiatement aspirée par ce qui se passe. Les pensées accélèrent, le corps se tend, le ventre se noue ou la poitrine se serre. Parfois, nous ressentons au contraire une sorte de brouillard, comme si nous n'arrivions plus vraiment à sentir ce qui se passe en nous. Nous cherchons alors une solution, une explication, quelque chose qui pourrait rapidement nous permettre de retrouver notre équilibre.

Pourtant, c'est précisément à ce moment-là que nous sommes souvent le moins disponibles pour nous écouter.

C'est pourquoi, dans mon approche thérapeutique, je vous propose d'abord de retrouver un espace intérieur suffisamment calme et sécurisant pour pouvoir accueillir ce qui est là. Il ne s'agit pas de se convaincre que tout va bien, ni de recouvrir l'inconfort d'une couche de pensées positives. Il s'agit plutôt de retrouver, sous l'agitation ou derrière la peur, un endroit en soi qui n'a pas disparu mais auquel nous n'avons momentanément plus accès.

Dans l'Internal Family Systems (IFS), cet espace est appelé le Self.

L'article en bref

  • Le Self, c'est cette présence calme et bienveillante en soi capable d'accueillir nos émotions sans se laisser submerger.
  • Nos peurs et blocages ne sont pas des dysfonctionnements, mais des parties de nous qui cherchent avant tout à nous protéger.
  • En séance, la reconnexion ne passe pas par la pensée positive, mais par le corps et l'instant présent pour réinstaller une sécurité profonde.

Le Self, cet endroit en soi que l'on ne ressent plus lorsque tout s'agite

L'expérience commune d'un espace intérieur

D'autres approches thérapeutiques ou traditions parlent de présence, de conscience, de centre, de nature profonde, d'être profond ou parfois de « moi supérieur ». Ces notions appartiennent à des cadres différents et ne sont pas exactement équivalentes. Pourtant, je retrouve derrière plusieurs d'entre elles une expérience commune : celle d'un espace intérieur depuis lequel nous pouvons être présents à ce que nous vivons sans être complètement emportés par lui.

Les qualités caractéristiques du Self

Dans le modèle IFS, Richard Schwartz décrit le Self à travers huit qualités :

  • Le calme
  • La curiosité
  • La clarté
  • La compassion
  • La confiance
  • Le courage
  • La créativité
  • La connexion

Dans ma pratique, j'y associe volontiers :

  • La sécurité
  • La paix
  • La douceur
  • L'attention
  • La considération

Ce sont des mots, bien sûr. Et les mots ne suffisent pas toujours à rendre compte de cette expérience.

Une métaphore pour ressentir le Self

Le Self peut parfois se ressentir comme lorsque l'eau d'un lac cesse progressivement d'être agitée et que l'on commence enfin à voir ce qu'il y a sous la surface. Rien n'a été retiré du lac. Ce qui s'y trouvait est toujours là. Mais l'apaisement de la surface permet de regarder plus profondément et plus clairement.

Il en va souvent de même pour nous.

Nos émotions ne sont pas nécessairement le problème

Nous avons appris à considérer certaines émotions ou certains comportements comme des choses qu'il faudrait corriger.

  • « Je suis trop anxieux. »
  • « Je réfléchis trop. »
  • « Je suis trop sensible. »
  • « Je n'arrive pas à dire non. »
  • « Je réagis trop fort. »
  • « Je voudrais arrêter d'avoir peur. »

Mais que se passe-t-il si, plutôt que de considérer ces manifestations comme des dysfonctionnements, nous essayons d'écouter ce qu'elles racontent ?

Dans l'IFS, nous considérons que différentes parties de nous peuvent s'activer pour tenter de nous protéger :

  • L'anticipation - Certaines anticipent sans cesse parce qu'elles ont appris que l'imprévisible était dangereux.
  • Le contrôle - Certaines contrôlent parce que lâcher prise leur semble trop risqué.
  • L'adaptation - D'autres cherchent à être aimées, à ne décevoir personne ou à éviter le conflit.
  • La colère - Certaines encore se mettent en colère dès qu'elles sentent une menace.

Ces stratégies peuvent devenir encombrantes dans notre vie d'adulte, mais elles ont souvent une histoire.

C'est aussi ce que je retrouve dans d'autres approches que j'utilise : derrière une manifestation qui nous dérange se trouve souvent quelque chose qui demande moins à être supprimé qu'à être entendu.
Le corps est alors un formidable messager. Elles peuvent devenir des portes d'entrée vers ce qui s'exprime en nous :

  • Une gorge qui se serre
  • Une respiration qui devient plus courte
  • Une boule dans le ventre
  • Une tension dans les épaules
  • Une sensation de vide
  • Cette envie presque irrépressible de fuir

Plutôt que de demander immédiatement « comment faire disparaître cette sensation ? », nous pouvons apprendre à nous approcher doucement d'elle et nous demander ce qu'elle cherche à nous dire.

Mais pour écouter ce qui a peur en nous, nous avons besoin de retrouver un peu de sécurité

C'est ici que la reconnexion au Self prend, pour moi, toute son importance.

Imaginez qu'une situation réveille une peur ancienne d'être rejeté ou abandonné. Votre corps réagit avant même que vous ayez réellement eu le temps de réfléchir. Vous sentez peut-être votre poitrine se serrer, votre ventre se contracter et les pensées commencer à tourner.

Vous pouvez parfaitement connaître votre histoire et comprendre intellectuellement ce qui est en train de se passer. Pourtant, sur le moment, cette connaissance ne suffit pas toujours.

Parce qu'une partie de vous ne pense pas seulement qu'il y a un danger : elle le ressent.

Et lorsque nous sommes complètement confondus avec cette partie, nous regardons la situation à travers ses yeux.

Tout semble alors confirmer sa peur.

Retrouver le Self ne consiste pas à lui expliquer qu'elle se trompe. Il s'agit plutôt de retrouver suffisamment d'espace intérieur pour pouvoir se tourner vers elle.

Il y a une différence très importante entre penser : « Je suis en danger » et pouvoir percevoir : « Il y a en moi quelque chose qui se sent en danger. »

La situation extérieure n'a pas nécessairement changé. La sensation corporelle n'a peut-être même pas encore disparu. Pourtant, intérieurement, quelque chose s'est déplacé.

Je peux maintenant être avec cette peur au lieu d'être entièrement cette peur.

C'est par là que commencent mes séances

Dépasser le simple récit

Lorsque vous arrivez dans mon cabinet, nous prenons bien sûr le temps de parler de ce qui vous amène, de ce qui s'est passé depuis notre dernière rencontre ou de la difficulté que vous souhaitez explorer.

Mais je ne souhaite pas que nous restions uniquement dans le récit.

À un moment, je vais probablement vous inviter à revenir vers ce qui se passe en vous pendant que vous me racontez tout cela.

Revenir au corps et à l'instant présent

Peut-être sentirez-vous :

  • Vos pieds sur le sol
  • Le contact de votre dos contre le fauteuil
  • La température de la pièce
  • L'air qui entre et sort de vos narines

Je peux également vous inviter à regarder autour de vous. À laisser vos yeux rencontrer la pièce dans laquelle vous vous trouvez, les couleurs, la lumière, les objets. À permettre doucement à votre organisme de constater qu'ici et maintenant, vous êtes là.

Trouver l'espace intérieur du Self

Puis nous allons chercher cet espace intérieur dont je vous parle.

Je ne vous demanderai pas de « vous détendre ».

Je ne vous demanderai pas non plus de faire disparaître ce qui vous dérange.

Nous allons plutôt essayer de retrouver, quelque part derrière tout ce bruit intérieur, la partie de vous capable de regarder ce qui se passe avec douceur et considération.

Parfois, le changement est presque imperceptible :

  • La respiration descend un peu plus bas
  • Les épaules se relâchent légèrement
  • Le visage s'adoucit
  • Une sensation d'espace apparaît dans la poitrine

C'est suffisant. Nous avons trouvé un endroit depuis lequel commencer.

Que faisons-nous ensuite pendant une séance de deux heures ?

Prendre le temps d'arriver

Deux heures peuvent sembler longues si l'on imagine une séance thérapeutique comme deux heures passées à parler de ses problèmes. Ce n'est pas ainsi que je conçois ce temps.

Ces deux heures nous permettent justement de ne pas nous précipiter. Nous pouvons prendre le temps d'arriver, de retrouver le corps et de laisser le système ralentir avant d'aller rencontrer ce qui demande de l'attention.

À partir de là, nous pouvons revenir vers la situation qui vous préoccupe. Et je vais souvent vous demander :

« Qu'est-ce qui se passe dans votre corps lorsque vous me dites cela ? »

Une sensation peut apparaître :

  • Une pression
  • Un nœud
  • Un frisson
  • Une chaleur
  • Une image ou un souvenir
  • Une émotion dont vous ne saviez pas qu'elle était là

Rencontrer une partie de soi en douceur

Nous allons nous en approcher sans forcer.

J'aime l'image d'une personne qui s'approcherait doucement d'un enfant apeuré. Elle ne lui arracherait pas immédiatement ce qu'il tient entre ses mains et ne lui demanderait pas de raconter toute son histoire. Elle commencerait probablement par s'asseoir près de lui, suffisamment loin pour ne pas l'effrayer, et lui ferait sentir par sa présence qu'elle est disponible.

C'est souvent de cette manière que nous allons rencontrer une partie de soi :

  • Avec attention.
  • En respectant sa distance.
  • En découvrant peu à peu ce qu'elle ressent, ce qu'elle redoute et surtout ce qu'elle essaie de faire pour vous.

Croiser les approches selon vos besoins

À cet endroit de la séance, mes différentes approches peuvent se rencontrer :

Je ne cherche pas à vous faire entrer dans un protocole. Je m'appuie sur ce qui se présente et sur la manière dont votre corps et votre monde intérieur y répondent.

Rencontrer le passé avec les ressources d'aujourd'hui

Parfois, nous rencontrons quelque chose de très ancien. Une peur, une solitude, un sentiment d'impuissance ou une personne que vous avez été autrefois et qui semble encore porter quelque chose de ce qu'elle a vécu.

Mais nous ne cherchons pas à vous replonger dans cette expérience. Nous allons au contraire essayer de la rencontrer depuis la personne que vous êtes aujourd'hui, avec les ressources et la sécurité dont vous pouvez disposer maintenant.

Le passé n'est plus seulement raconté. Il peut être rencontré autrement. Et c'est là que quelque chose peut commencer à bouger.

Le temps de revenir est aussi important que celui d'aller explorer

C'est une autre raison pour laquelle j'aime disposer de ce temps de séance.

Je ne souhaite pas que vous repartiez juste après avoir rencontré quelque chose de profondément sensible.

Nous prenons le temps de revenir vers le présent et d'observer ce qui est là maintenant.

Le corps peut parfois sembler différent. Une zone qui était très contractée est devenue plus souple. La respiration circule autrement. Une émotion s'est déplacée ou une pensée qui paraissait évidente quelques dizaines de minutes auparavant semble soudain moins certaine.

Nous laissons cela se déposer.

Comme lorsque l'on remue la terre au fond d'une rivière : il faut parfois simplement attendre un peu pour que l'eau redevienne claire.

Apprendre progressivement à retrouver cet espace sans moi

Psychologue accompagnant couple lors d une séance de thérapie

C'est probablement l'un des objectifs qui me tient le plus à cœur dans mes accompagnements.

Je ne souhaite pas seulement que vous puissiez retrouver cet état lorsque vous êtes dans mon cabinet, avec ma présence et mon accompagnement.

Je souhaite que vous puissiez progressivement reconnaître le chemin qui vous y conduit.

Dans votre vie quotidienne, il y aura forcément encore des moments où quelque chose vous saisira. Une remarque, un silence, un conflit, une décision à prendre ou une situation imprévue pourront réveiller très rapidement une peur ou une ancienne stratégie de protection.

L'objectif n'est pas de ne plus être activé.

Il est de commencer à reconnaître : « Là, quelque chose vient de se passer en moi. » Et peut-être, progressivement, de ne plus avoir besoin de répondre immédiatement à partir de cet endroit.

Vous pourrez prendre quelques instants pour revenir vers vos sensations, retrouver vos appuis, regarder autour de vous et laisser revenir cet espace intérieur plus calme.

Puis écouter.

  • Qu'est-ce qui vient d'avoir peur en moi ?
  • Qu'est-ce que cette partie essaie de protéger ?
  • De quoi aurait-elle besoin ?

Lorsque cette partie se sent entendue et que suffisamment de sécurité est revenue, nous pouvons alors nous tourner de nouveau vers l'extérieur et choisir ce que nous souhaitons faire.

Agir depuis la sécurité plutôt que réagir depuis la peur

Cette distinction est essentielle pour moi.

Se reconnecter au Self ne signifie pas devenir passif, accepter l'inacceptable ou rester constamment calme.

Depuis cet espace, je peux tout à fait décider de dire non, de poser une limite, de demander quelque chose, de quitter une situation ou d'exprimer fermement mon désaccord.

Mais le mouvement n'a pas la même origine.

Lorsque nous agissons depuis une partie profondément insécurisée, notre action cherche souvent d'abord à faire cesser cette insécurité. Nous pouvons vouloir obtenir une réponse, être rassurés, reprendre le contrôle, nous protéger ou empêcher l'autre de partir.

Lorsque nous retrouvons suffisamment de sécurité intérieure, une autre question devient possible : 

« Maintenant que j'ai entendu ce qui avait peur en moi, qu'est-ce qui me semble juste ? »

C'est là que peut apparaître une réponse qui nous ressemble davantage.

Et le système nerveux dans tout cela ?

Cette reconnexion intérieure ne se passe pas uniquement

« dans la tête ».

Notre système nerveux autonome est constamment attentif aux informations qui peuvent lui indiquer si notre environnement est suffisamment sûr ou s'il doit mobiliser une réponse de protection.

Séance de soin favorisant la régulation du système nerveux

C'est pourquoi revenir aux sensations présentes, retrouver ses appuis, regarder réellement l'environnement dans lequel on se trouve, percevoir une présence sécurisante ou sentir progressivement le corps se relâcher peut participer à cette expérience de sécurité.

Nous ne disons pas au corps : « Tu peux te calmer maintenant. »

Nous essayons plutôt de lui permettre de faire l'expérience de conditions dans lesquelles il peut commencer à relâcher sa vigilance.

C'est très différent.

Et c'est aussi pour cela que je considère que la reconnexion au Self et la régulation du système nerveux peuvent profondément se soutenir l'une l'autre.

La confiance en soi commence peut-être par la confiance que l'on peut revenir à soi

Nous imaginons souvent la confiance en soi comme une certitude : savoir ce que l'on veut, ne plus douter, ne plus avoir peur, être capable de faire face.

Je la ressens aujourd'hui autrement.

Avoir confiance en soi pourrait aussi signifier savoir que, même lorsque quelque chose nous déstabilise, nous ne sommes pas obligés de nous abandonner nous-mêmes.

Nous pouvons apprendre à revenir.

À retrouver cet endroit intérieur suffisamment solide et suffisamment doux pour accueillir ce qui tremble encore.

Nos peurs, nos blessures et nos mécanismes de protection ne disparaîtront probablement pas tous. Et ce n'est peut-être pas ce que nous avons à leur demander.

Peut-être avons-nous surtout à apprendre à leur offrir une présence qu'ils n'ont pas toujours connue.

Alors, peu à peu, quelque chose change.

Nous ne cherchons plus la sécurité uniquement à l'extérieur de nous.

Nous découvrons qu'il existe aussi, à l'intérieur, un lieu où revenir.


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